Albane Trollé

Voici le portrait d'une jeune femme active et passionnée, une ancienne élève qui a choisi l’art délicat de la céramique pour développer un savoir-faire sensible et exigeant. Un entretien réalisé dans son nouvel atelier-boutique situé à Lille-Sud qui s'inscrit dans la dynamique des Maisons de mode.

Bonjour Albane, parle-nous de ton parcours scolaire.

J'ai commencé par un baccalauréat Arts appliqués à l'ésaat que j'ai eu en 2004, puis je suis partie à l'école Olivier de Serres à Paris faire un BTS céramique. Ensuite, je suis partie faire un stage d'un mois chez un céramiste en Belgique où je me suis essayée au tournage.
Après mon BTS, je voulais poursuivre ma scolarité sur d'autres continents mais j'y ai renoncé pour des raisons financières. Je suis partie avec mon sac au dos faire un tour d'Europe dans différents ateliers, cela m'a donné l'occasion de rencontrer des artisans et d'apprendre des techniques de modelage, coulage et moulage.
J'ai rencontré notamment Jeroen Bechtold à Amsterdam, avec qui j'ai travaillé un an et demi et appris une technique particulière de coulage.
Il est devenu mon maître, comme cela se fait dans le monde de l'artisanat. Par la suite j'ai monté mon propre atelier, il y a une dizaine d'années, où j'ai fait du coulage de porcelaine, de prototypage plâtre en particulier. Là je me suis ouverte à la production de pièces uniques, sculptures, installations d'art contemporain.
C'est par la suite que je me suis orientée vers l'utilitaire par le biais d'une rencontre avec un maître de cérémonie du thé chinois, je lui ai fabriqué des pièces adaptées.
J'ai développé une série de pièces utilitaires pour moi.

Ce virage vers l'objet t'a permis de revenir vers les arts appliqués, alors ?

Oui, même si mes premières pièces étaient surtout des tasses en porcelaine pas très pratiques mais soignées, délicates sur le plan esthétique ! C'est grâce à une rencontre avec Florent Ladeyn il y a six ans, que mon activité s'est développée. Il allait ouvrir son restaurant Le Bloempot, à Lille et cherchait un artisan pour réaliser toute sa vaisselle.
La contrainte était de travailler avec la notion de terroir. J'ai donc abandonné la porcelaine au profit du grès et travaillé des matières et émaux qui s'adaptaient à sa cuisine. La part fonctionnelle était donc très importante : la vaisselle doit être ergonomique, résister aux chocs thermiques et aux manipulations.

Ces dernières années on note un réel engouement pour les métiers d'art parmi nos étudiants de l'ésaat, fais-tu le même constat et comprends-tu cet engouement ?

Dans ma promotion au lycée nous avons eu des parcours de vie variés mais peu d'artisans au final. J'ai d'ailleurs eu du mal à faire comprendre ma démarche auprès de la Chambre des métiers et de l'artisanat, car il n'y a pas de tradition des arts céramiques ancrée dans les Hauts-de-France. La formation s'avère donc difficile, y compris chez les compagnons du devoir, qui forment à l'excellence, car les femmes n'y étaient pas admises à l'époque.
C'est donc une profession qui suppose de la motivation, une certaine ténacité car les obstacles sont nombreux, à commencer par le matériaux qui demande une force physique, une motricité. Mais il y a aussi une dimension thérapeutique, ce qui explique sans doute l'engouement pour la pratique de la poterie.
C'est aussi un métier qui a du sens.

Quel est ton rapport au dessin ?

J'ai arrêté de dessiner après mes études, et comme je conçois en volume j'ai plus le réflexe de prototyper et de penser directement avec la matière pour visualiser la pièce. J'aime aussi expérimenter les émaux, j'ai acquis des compétences techniques et chimiques.
En faisant varier de petits paramètres à chaque étape de la fabrication on peut produire des pièces uniques au sein d'une série.

Une manière de rendre tes pièces vivantes ?

Oui et c'est aussi un dialogue avec le feu car c'est lui qui va finir la cuisson.

Quel conseil donnerais-tu à un étudiant intéressé par l'art céramique ?

C'est le bon moment actuellement ! Il y a davantage d'opportunités, à la fois pour se former et pour vendre ses pièces. Il faut savoir être polyvalent, garder une curiosité pour continuer la recherche technique et savoir s'adapter à différents aléas que la matière que le métier impose.
C'est un métier passionnant qui permet de voyager et d'aller au contact d'artisans dans le monde entier.

Merci Albane.

Entretien Tania Leyronnas.

Le site d'Albane Trollé