Brigitte Lefebvre

Voici le portrait d’une enseignante qui s’en va, après 24 années à enseigner l'Allemand à l’ésaat. Référente ERASMUS pendant de longues années, Brigitte Lefebvre prend une retraite méritée. Ne pas avoir sa langue dans sa poche, c’est probablement un avantage quand on enseigne les langues...

 

Depuis quand travaillez-vous à l’ésaat et que faisiez vous avant ?
Avant d'enseigner j'ai travaillé dans une bibliothèque en Allemagne (à Viersen près de Düsseldorf ) , j'ai également effectué un stage en tant qu’interprète au parlement Européen de Strasbourg puis j’ai enseigné pendant 15 ans en lycèe général. Je suis arrivée à l'ésaat en 1992, suite à la suppression de mon poste au Lycée Gambetta de Tourcoing. Je ne connaissais pas l’ésaat et j’étais quelque peu inquiète car mes collègues de l'époque m’avaient dit "tu verras ce sont des artistes…". Je pensais avoir devant moi des élèves dilettantes ou à des punks à crêtes rouges !

Qu’aimez vous le plus dans votre métier ?

Le contact avec les jeunes. D’autant plus qu’à l’ésaat j’ai découvert un public sympathique, motivé, intéressé et capable de travailler en autonomie. La motivation des élèves m’a incité à innover dans la pratique de l'enseignement et à me perfectionner dans les nouvelles technologies pour favoriser l’interactivité.

Outre le français et l’Allemand, parlez-vous d’autres langues? si oui, lesquelles ?
J'ai préparé un DLENO (Diplôme des Langues de l’Europe du Nord Ouest), diplôme destiné d'ailleurs plutôt à l'interprétariat. Dans ce cursus j’ai étudié l'Allemand, l'Anglais économique et scientifique et le Néerlandais.

D'où vous est venue cette passion des langues ?
Étudier une langue ce n’est pas uniquement apprendre des mots ou des règles de grammaire mais c’est un formidable outil de communication. Mon objectif a toujours été de montrer aux élèves que les Français ne sont pas, comme on l’entend si souvent, nuls en langues. J’ai également voulu les sensibiliser au fait qu’une langue c’est également toute une culture. La connaissance de l’Anglais permet de se faire comprendre à peu près partout, mais les relations humaines sont plus riches et la compréhension des habitudes culturelles plus facile si on maîtrise la langue du pays.

Être professeur dans une école supérieure d’art est-ce différent d’une filière générale ?
Oui, surtout au niveau d’un BTS, d’un DMA ou d’un DSAA ! Le cours de langue doit s'adapter à son public. La première chose que j'ai faite en arrivant ici a été de me familiariser avec les contenus des formations. Il est bien évident que les thèmes abordés doivent concerner la spécialité du diplôme préparé.

Quels sont vos centres d’intérêt en dehors de votre métier ?
Le sport. Je pratique la gymnastique, la natation, la marche nordique, la randonnée ou le vélo.
Le cinéma aussi, plutôt les films psychologiques.

Pouvez-vous nous dire quel a été votre rôle au sein du bureau des relations internationales de l’établissement ?
Je n'ai plus de rôle particulier dans le bureau mais j'ai très largement contribué à l’ouverture internationale de l’école car, selon moi, l’approche du design doit être multiculturelle . En 1997  l’école faisait partie d’un groupement d’écoles, Ensait-Esaat-Lycée Sévigné de Tourcoing, géré par l’Ensait et j’étais alors professeur référent à l’ésaat. En 2000, j’ai estimé que l’ésaat devait fonctionner en autonomie pour adapter les partenariats aux demandes des étudiants. Les étudiants ont été très enthousiastes et ont beaucoup contribué à l’évolution du projet. Monter ce programme n’a pas toujours été chose facile, mais il me semble primordial d’accompagner, dans leurs projets, des étudiants motivés et enthousiastes comme on en trouve à l’ésaat. La coopération a d’ailleurs été très fructueuse tant au niveau du nombre d’écoles partenaires en Europe que du nombre d’étudiants participant aux échanges ou effectuant un stage à l’étranger.

Quelles sont d’après vous, les qualités requises pour faire un bon cours de langue ?
S'adapter à son public, être souple sans pour autant être laxiste : l'Allemand nécessite méthode et rigueur ! Il faut savoir intéresser les élèves, l'humour est un atout aussi.

Quels sont d’après vous vos deux principaux défauts ?
La franchise et l'exigence. Mais je ne sais pas si ce sont vraiment des défauts...

Des projets pour la retraite ?
Des voyages, surtout dans les pays nordiques mais en France aussi. Le sport aussi, le jardinage, le bricolage...

Qu’est-ce que vous regretterez le plus en septembre quand vous penserez aux collègues qui font la rentrée ?
Je serai ici à la rentrée ! Je suis administrativement en retraite début septembre, je dois donc faire la rentrée, pour partir juste après. Je continue d’ailleurs d'enseigner à l'ENSAIT, il me reste des défis à relever !

Quel est votre meilleur souvenir ici, dans l’établissement ? Une petite anecdote à nous raconter ?
Je garde contact avec d'anciens étudiants (sur LinkedIn ou autre) et je suis toujours ravie quand ils m'écrivent qu'ils se réalisent après des parcours dans lesquels les langues sont investies, via Erasmus ou autre. Pour eux je reste d’ailleurs Mme Erasmus !
Je citerai l'anecdote donnée par Patricia (cf interview précédente) : je me suis retrouvée enfermée dans l'école un vendredi soir. Dès que je bougeais je déclenchais les alarmes et je n'avais qu'une peur en sortant par la fenêtre c'est d'être assaillie par un chien de vigile qui aurait été alerté par l'alarme...
Sinon j'ai été surprise de retrouver un personnage me ressemblant étrangement dans une création d’une étudiante de DMA cinéma d'animation. Elle m'avait « croquée » alors que j’étais juchée sur le bureau pour allumer le rétroprojecteur suspendu au plafond (absence de télécommande oblige).

Merci Brigitte.

Interview menée par le Bureau des Élèves (Marie Dutriaux) et Cédric Villain.
Photos de Fabrice Coget.