Claire Williams

Depuis la rentrée une nouvelle enseignante intervient en DSAA Mode option textile, en laboratoire de conception. Elle était venue en avril dernier présenter sa démarche professionnelle et son univers entre art, artisanat et nouvelles technologies lors des conférences Disons Design.

Claire Williams est tout à la fois enseignante, chercheuse et artiste. Nous avons profité d'un rayon de soleil pour nous entretenir avec elle dans la cour et tenter d'en apprendre davantage sur son univers et son parcours.

Qu'est-ce qui t'a amenée à venir enseigner à l'ésaat ?
J'ai participé l'année dernière au projet Cléa (Contrat Local d’Éducation Artistique) qui m'a permis de co-construire des projets avec des équipes éducatives. Et, de fil en aiguille, j'ai découvert Roubaix et l'environnement de l'école. Je ne connaissais l'ésaat que d'assez loin, j'en avais entendu parler, je connaissais des gens qui y avaient étudié mais je découvre réellement l'établissement cette année.

Quel a été ton parcours scolaire ?
J'ai fait un Master en Design Textile à La Cambre (Belgique). C'est un autre mode de fonctionnement qu'ici.

Et qu'est-ce qui distingue ces deux pédagogies ?
Leur approche pédagogique est assez différente. À La Cambre les disciplines sont mélangées et comme dans d'autres écoles belges les Arts Appliqués et les Beaux-Arts fonctionnent ensemble, il y a aussi des cours en commun. On ne passe pas par une mise à niveau, on commence par un grade de bachelier et pendant trois ans on suit un apprentissage plutôt technique. Si on poursuit son cursus vers un Master, on développe ensuite une démarche plus personnelle et approfondie. C'est ce que j'ai fait. On voit que dans ta pratique créative, tu explores et exploites les nouvelles technologies.

Qu'est-ce qui a guidé ta démarche dans cette direction ?
Lors de ma dernière année de Master à La Cambre, j'ai questionné mon rapport au textile et cherché une voie dans ce domaine. Mes préoccupations étaient surtout d'ordre artistique. Je voulais que le textile soit une matière vivante, en étant connecté par exemple. Le textile peut servir de filtre, de capteur, on peut aussi l'associer à d'autres appareils. Je m'intéresse aussi au son, à l'art sonore et à son approche expérimentale. J'avais envie de faire dialoguer l'aspect immatériel du son avec le textile pour en produire des formes créatives. Dans les domaines du son et du textile il est question de langage. On peut les connecter ensemble pour les faire dialoguer. J'ai donc cherché des outils, à travers la programmation ou encore le hacking, pour, par exemple, relier une machine à tricoter et un ordinateur. Ce type d'expérience permet de voir ce qui se passe quand on les connecte ensemble, comment ils communiquent lorsque l'ordinateur interprète une donnée retraduite en 0 et 1 pour communiquer avec une machine textile. On peut par exemple générer des spectrogrammes, des motifs mathématiques ou matérialiser des donnés. Il y a encore beaucoup à explorer dans ce domaine ! Cependant, malgré ses potentialités, je trouve que le textile souffre du fait de n'avoir pas été assez étudié de manière transversale, en relation avec les sciences et mathématiques, comparativement aux autres arts appliqués, l'architecture ou le design produit par exemple. C'est aussi ce qui m'a conduit à mener des recherches dans ce secteur, c'est même un peu devenu mon cheval de bataille !

Quels conseils peux-tu donner aux étudiant.e.s ?
Je les invite à traverser les disciplines et à tisser des liens et collaborer entre différents domaines de recherche, à ne pas avoir peur de sortir de leur champ de compétence. Je les incite à faire preuve de curiosité, lire, aller voir des expositions, à se nourrir et être dans un questionnement pour pouvoir innover.

Le site de Claire Williams.

Entrevue rédigée par Isabelle Tilmant-Sarr et Tania Leyronnas photos de Fabrice Coget